Interview Ruxandra Ioana






Ruxandra Ioana

une vie à 100 à l'heure

Par Mélissande Grignard

27 avril 2020







Ruxandra ou Ioana ? Pseudo ou vrai nom ?

Ce sont mes deux vrais prénoms.


Quel est ton métier et en quoi consiste-t-il ?

Je suis full time blogueuse et créatrice de contenu. Cela prendrait trop de temps d’expliquer exactement en quoi ce métier consiste car c’est un domaine très large qui demande énormément d’heures de travail par jour. Pour faire court, je réponds aux e-mails, j’écris tous les textes de mes publications Instagram, du blog et des stories Instagram, je crée du contenu ( il faut trouver l'idée, le storytelling, ensuit il y a les retouches photos/vidéos, etc), je me rends à tous mes rendez-vous, événements, je dois organiser la semaine, l’ordre des publications et encore bien plus.


Depuis combien de temps exerces-tu ce métier ?

Depuis plus de huit ans maintenant.



Quel a été ton parcours?

Je suis d’origine Roumaine. Je suis arrivée en Belgique en 2009, j’ai d’abord visité le pays en 2008 et j’ai décidé de rester ici avec maman qui habitait déjà sur place. À l’époque, malgré le fait que la Roumanie fasse partie de l’Europe, c’était très dur de trouver du travail en tant que Roumaine. Personne ne pouvait m’engager avec contrat car ils auraient dû payer trop de taxes à l’état. C’est d’ailleurs pour ça que les roumaines ont été beaucoup exploitées à l’époque. Elles travaillaient pour des sommes minimes pendant un nombre maximum d’heures, par exemple 40€ pour 14 heures… Moi je venais tout juste de finir le lycée et une année de droit en Roumanie, je voulais quand même tenter ma chance ici. Bien évidemment, vu la situation de l’époque je n’ai pas pu faire ce que je voulais et j’ai dû prendre des petits jobs pour subvenir à mes besoins, serveuse, barmaid, etc.

Petit à petit j’ai réussi à développer mon blog et quand je me suis aperçue que je pouvais vivre de ça, je me suis concentrée uniquement là-dessus pour vivre de ma passion. Entre temps je suis aussi passée par l’académie des beaux-arts que j’ai quittée au bout de trois mois. C’est à ce moment-là que j’ai lancé mon blog. Je voulais partager mes idées mode avec tout le monde. Mon parcours en général n’est pas très chouette, j’ai dû faire face à de la discrimination et au racisme et la difficulté d’entreprendre quelque chose dans un pays étranger avec une mentalité différente de celle à laquelle j’étais habituée. Grâce à Dieu j’ai aussi fait de merveilleuses rencontres et j’ai trouvé le courage de travailler autant que possible pour prouver que nos origines ne nous rendent pas différents. Au final je suis tout de même reconnaissante car j’ai eu la chance de quitter mon pays et malgré les obstacles j’ai réussi à m’en sortir et mieux, à vivre de ma passion.


Pourquoi as-tu choisi ce métier ? Ce n’est pas un métier facile et la réussite n’est pas garantie… Est-ce une passion pour la mode avant tout ou également pour l’écriture ?

Au départ je ne voyais pas vraiment ça comme un métier. Ça a commencé comme un hobby en 2011, je voulais juste partager mes idées mode avec les gens, mes bonnes astuces et par la suite mes voyages et un peu de Lifestyle. Je n’ai jamais cru que ça évoluerait autant et que je pourrais en vivre.


Peux-tu nous décrire une journée de travail « type » ?

Étant donné que mon travail, c’est moi, qu’il fait grandement partie de moi, une journée type peut se passer de la manière suivante :

Je me lève et regarde directement mon téléphone pour vérifier qu’il n’y ait pas d’urgence et aussi répondre aux DM’s sinon les messages ne cessent d’augmenter et ça fait trop. Ensuite je prends mon petit-déjeuner et là je suis déjà face à mon ordinateur à répondre aux mails. Je poste sur Instagram et dépendant du jour je poste également sur le blog et puis je réponds encore aux mails. Après ça, s’il ne pleut pas, je sors faire des photos mais avant ça, il faut choisir l’outfit (ndlr : la tenue), se coiffer les cheveux et se maquiller, évidemment je fais tout moi-même. Il faut ensuite choisir l’endroit où je vais shooter (ndlr : prendre les photos) en fonction de la tenue, du thème et du storytelling. Pendant ce temps, je continue toujours de répondre aux DM’s et aux mails. Vers 16 :00 (ou 18 :00 si la lumière me permet d’en faire plus) j’aurai fini le shooting. Là, je lunch ! Malheureusement avec mon programme, il arrive souvent que mon lunch soit callé entre 16 et 17 :00. Dépendant des jours, si un événement est prévu, je m’y rends et ensuite je rentre chez moi. Soit je prépare encore des articles pour le blog, soit j’édite des vidéos (ce qui prend beaucoup de temps). En vérité je travaille non-stop du matin au soir… Et du lundi au dimanche. Il y a toujours quelque chose à faire. Si je suis trop fatiguée ou malade, je ralentis la cadence mais je continue toujours de bosser.




En tant que blogueuse (et Instagrameuse ?) j’imagine que tu es souvent amenée à travailler avec des marques. Comment cela se passe-t-il ? Qui fait le premier pas ? Est-ce toujours la marque ou alors si tu souhaites travailler avec une marque tu peux en faire la demande ?

Sincèrement, à ce stade, ce sont les marques qui me contactent. Ça doit faire quelques années que je n’ai pas envoyé de mail à une marque en vue d’une collaboration (sauf pour les hôtels si je voyage).


Quelle a été ta plus belle expérience professionnelle ?

C’est une question très difficile car j’ai eu énormément de belles expériences et en général je suis reconnaissante pour tout. Mais si je devais vraiment choisir je dirais que j’ai beaucoup aimé aller à Cannes avec Magnum, j’ai également eu l’opportunité d’être ambassadrice pour Mercedes Benz pendant trois ans, je suis allée en press trip (ndlr voyage de presse) avec Clarins en Corse et à la Gacilly avec Yves Rochers… Il y a beaucoup de belles expériences comme je l’ai dit… Difficile de choisir.


Au contraire, quelle a été la pire ?

Les pires expériences pour moi sont celles où je suis dénigrée à cause de mes origines, par exemple les agences qui sont prétentieuse, qui, soi-disant ne veulent travailler qu’avec de vrais Belges ou seulement des néerlandophones. Et ça n’arrive pas qu’à moi, au fil des années, j’ai assisté à des situations similaires vis-à-vis de copines blogueuses/influenceuses qui ne sont pas d’ici, qui ont eu des problèmes ou des ennuis à cause de leurs origines. Pour moi, ce n’est pas pardonnable.


Où te vois-tu dans 5 ans ?

En train de bosser encore plus dur pour ma société, m’impliquer dans des démarches éducatives, pour l’environnement, etc. Je suis pour dire que si on veut évoluer, il faut le faire ensemble.


Quand tu étais enfant, quel était ton rêve ?

J’en ai eu plusieurs. Vers 6/7 ans je rêvais de devenir architecte donc j’ai foncé dans les maths, la physique et tout ça. Ensuite j’ai voulu être docteur et je me suis renseignée sur la biologie, l’anatomie et la chimie. Au final c’est chouette parce que j’ai appris beaucoup de choses du coup. Je pense que finalement mon but était surtout de ne pas bosser pour quelqu’un et entreprendre des choses moi-même.


Tu as assisté à la Fashion Week de Londres, qu’en as-tu pensé ?

Je n’ai pas beaucoup aimé. Mais c’est aussi parce que je ne connaissais pas bien les marques qui y défilaient. Evidemment parmi les marques que j’ai découvertes il y en a bien deux ou trois que j’ai aimé mais le reste était trop « arty » pour moi. Je comprends le concept mais ce n’étaient pas des pièces que je pouvais porter. Bien sûre en comparaison avec la Belgique, les gens sont mieux habillés et le fashion vibe est beaucoup plus présent. C’est une superbe ville pour y faire ce que je fais, je pense qu’il y a pas mal d’opportunités. Le fait qu’il y ait eu une grosse tempête sur place pendant tout mon séjour n’a pas non plus aidé néanmoins j’aimerais bien y retourner et en apprendre davantage.


Comment se passe une Fashion Week pour les blogueuses ? Les marques ont-elles des attentes de votre part, par exemple un article, des photos, etc ?

Normalement on reçoit des invitations pour les défilés, ce que je fais en général c’est que je poste des stories Instagram et puis je créer un article de manière générale sur plusieurs défilés. Après je travaille aussi avec des marques dont je suis ambassadrice et forcément je focus plus sur ces marques-là. C’est normal.


Tu postes régulièrement des photos de tes looks sur les réseaux ainsi que sur ton blog, comment décrirais-tu ton style ?

Je n’ai pas vraiment de style bien défini, je m’habille au jour le jour, comme je le sens. La musique et les tendances actuelles ont beaucoup d’influence sur mes looks puis je trouve que le plus important c’est de s’habiller vraiment juste pour se sentir soi-même.


Quelle est ta tenue préférée ?

En ce moment j’adore le tweed et les ensembles deux-pièces. J’ai beaucoup de costumes et accessoirisés avec un micro sac ça donne vraiment une tenue magnifique.


Qui sont tes inspirations mode ?

Je regarde beaucoup les défilés Chanel (je préfère ceux où Karl Lagerfeld était à la direction artistique), j’aime beaucoup le style de Rihanna et je suis également les tendances actuelles. J’essaie de les adopter mais pas de manière extrême, on va dire, de les adapter plutôt à ma garde-robe actuelle.


Beaucoup de jeunes filles ou même de jeunes garçons se lancent dans la même aventure que toi, mais tout le monde n’a pas le succès espéré. Comment expliques-tu que ça ait fonctionné pour toi plus que pour d’autres ?

Je ne sais pas trop donner un avis sur le manque de succès de certaines personnes car je ne les connais pas personnellement. Mais je peux dire qu’il faut être sérieux, persuadé, courageux, prêt à dédier beaucoup de temps à cet activité et surtout la traiter comme un métier normal et même plus. Sans motivation et sans focus ça ne fonctionnera pas.


Quel conseil donnerais-tu à ces jeunes qui souhaitent exercer le même métier que toi ?

Le faire par passion et pas pour l’argent ou la gratuité. De savoir aussi maintenir cette balance entre vivre de sa passion et pas de vivre pour l’argent.

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